Archives du 23 mars 2015

Tokyo-Ga

Le documentaire le plus juste sur Tokyo que je connaisse, c’est un film méconnu de Wim Wenders, Tokyo-Ga.

Le film s’ouvre sur la voix de Wenders qui explique que sa vision du Japon est imprégnée des films de Yasujiro Ozu, en particulier Le voyage à Tokyo (東京物語, Tokyo monogatari). Le film commence ainsi par le commencement d’un autre film.

Wenders raconte en voix off:

Si notre siècle donnait encore sa place au sacré, s’il devait s’élever un sanctuaire du cinéma, j’y mettrais pour ma part l’oeuvre du metteur en scène japonais Yasujiro Ozu. Il a tourné 54 films. Des films muets dans les années 20, des films noir et blanc dans les années 30 et 40, et puis des films en couleurs jusqu’à sa mort en 1963, le 12 décembre, jour de son 60e anniversaire. Ses films racontent toujours avec des moyens réduits au minimum les mêmes histoires simples des mêmes gens dans la même ville: Tokyo. Cette chronique qui s’étend sur une quarantaine d’années enregistre la métamorphose de la vie au Japon. Les films d’Ozu parlent du lent déclin de la famille japonaise et par là même du déclin d’une identité nationale. Ils le font sans dénoncer ni mépriser le progrès et l’apparition de la culture occidentale ou américaine mais plutôt en déplorant avec une nostalgie distancée la perte qui a lieu simultanément. Aussi japonais soient-ils, ses films peuvent prétendre à une compréhension universelle. J’ai pu y reconnaître toutes les familles de tous les pays du monde, ainsi que mes parents, mon frère et moi-même. Pour moi, le cinéma ne fut jamais auparavant et plus jamais depuis si proche de sa propre essence et de sa détermination même, donnant une image utile, une image vraie de l’homme du XXe siècle qui lui sert non seulement à se reconnaître, mais surtout à apprendre sur lui-même.

Le film montre une salle de pachinko, ce qui nous renvoie à ce que Barthes écrivait à ce sujet dans L’Empire des signes:

Le Pachinko est une machine à sous. On achète au comptoir une petite provision de billes métalliques; puis, devant l’appareil (sorte de tableau vertical), d’une main l’on enfourne chaque bille dans une bouche, pendant que de l’autre, à l’aide d’un clapet, on propulse la bille à travers un circuit de chicanes. […] Le Pachinko est un jeu collectif et solitaire. […] On n’entend que le bruissement des billes propulsées (la cadence d’enfournement est très rapide); le hall est une ruche ou un atelier; les joueurs semblent travailler à la chaîne. Le sens impérieux de la scène est celui d’un labeur appliqué, absorbé; jamais une attitude paresseuse ou désinvolte ou coquette, rien de cette oisiveté théâtrale de nos joueurs occidentaux traînant par petits groupes désoeuvrés autour d’un billard électrique. […] À quoi sert cet art? à régler un circuit nutritif. La machine occidentale, elle, soutient un symbolisme de la pénétration: il s’agit, par un coup bien placé de posséder la pin-up qui, tout éclairée sur le tableau de bord, aguiche et attend. Dans le Pachinko, nul sexe (au Japon — dans ce pays que j’appelle le Japon — la sexualité est dans le sexe, non ailleurs; aux États-Unis c’est le contraire: le sexe est partout, sauf dans la sexualité).

Le pigeon voyageur

Toujours aucun hôtel la nuit de mon arrivée.
Les lieux touristiques à portée de Tokyo sont aussi pris d’assaut.
J’essaie alors Fukushima! Ca devrait être moins couru…
Et je tombe sur un onsen (bains thermaux) près des montagnes.

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C’est décidé, j’irai recharger mes batteries dans l’eau radioactive du Sansuiso Tsuchiyu Spa!
Reste à savoir si c’est accessible en transports en commun…
Je demande à l’hôtel, qui me répond avec clarté:

Request: Hello, I booked a room and I want to know how I can get to your hotel from Tokyo, by train (shinkansen). Is there a bus? How much is a taxi? Thank you. 
Response: The accommodation has told us that it is possible to arrange this. However, Sansuiso Tsuchiyu Spa is unable to guarantee it, and would like to specify that the request is subject to availability at the time of check in.

Je suis rassuré!
On verra plus tard.
Donc, du 4 au 6 avril, deux nuits.

Du 6 au 8, retour à Tokyo, Hotel Parkside à Ueno. L’extérieur est tellement moche qu’ils n’ont pas mis de photo!
Mais c’était disponible, et c’est à côté du joli parc d’Ueno.
Et puis le sol est bien ciré. Un rêve de Stéphane Lambiel ou de roulette de Samsonite.
Le mail de confirmation de la réservation atteint là encore le nirvana:

The charge is a change system that changes by the schedule
 of the stay on the season and a day of the week.

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Le 8 avril, départ pour Kyoto.
Point de vue disponibilité de logement, Kyoto, c’est pire que Tokyo. Ce qui n’est pas peu dire:
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Kyoto, ça évoque des ryokan et des cerisiers en fleurs, comme ça:

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En fait, ce sera plutôt ça (c’est le bunker du milieu):

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Soyons positifs! Le Urban Hotel Minami Kusatsu est à 20 minutes de train de Kyoto (autant dire que pour un Japonais, c’est la porte à côté), en face de la gare de Kusatsu, à côté d’un konbini Family Mart, et pas cher.
(Au Japon, un konbini (コンビニ), abréviation de l’anglais convenience store (コンビニエンスストア) est un commerce de proximité souvent ouvert 24h/24 et 7j/7. Wikipedia.)

Le 11 avril, retour à Tokyo et nouvel hôtel.
Pour une nuit, comme il n’y avait aucune chambre disponible au Washington du 11 au 12 (l’effet Saturday Night Fever?). En tout cas, il brille dans la nuit:

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J’ai une chambre dans l’annexe, c’est-à-dire le petit bâtiment où c’est écrit « Prince » (parce que l’hôtel s’appelle Shinagawa Prince Hotel).

caption

Et pour finir, après ces hôtels-bonbonnière, le gros morceau: le Shinjuku Washington Hotel.

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Celui-là, je le connais, parce que Florent Chavouet l’a dessiné:

Washington

Il est situé près de la mairie de Tokyo (très beau bâtiment de Kenzo Tange), en plein Shinjuku, à côté du mythique Park Hyatt du film de Sofia Coppola. Pas loin, le Keio Plaza où il y a les chambres Hello Kitty!

Plan_Shinjuku

Et après trois nuits de folie à Shinjuku, retour en Suisse le 15.