Archives de Catégorie: Architecture

Kyoto, face B

J’ai été surpris par Kyoto. Je m’attendais à une ville beaucoup plus en contraste par rapport à Tokyo, capitale du Japon éternel en opposition avec la modernité de Tokyo. De grandes parties de la ville sont laides et d’autres restaurées, envahies par les touristes. Difficile d’y trouver un esprit.

On lit dans l’Atlas historique de Kyoto que durant les années Nakasone (1982-1989), les grandes villes ont connu une multiplication des opérations privées de rénovation et un besoin de bureaux modernes adaptés aux nouvelles donnes de l’économie. De fructueuses opérations financières ont permis d’acquérir et de démembrer le parcellaire en rasant les maisons anciennes.
« Durant ces années, Kyôto est demeurée relativement en retrait de ces pratiques spéculatives, mais la saturation du marché dans les grands centres urbains à la fin des années 1980 l’a placée au cœur de la tourmente foncière. Les chiffres sont là pour le montrer: malgré le fait que Kyôto soit la seule grande ville du Japon à avoir été épargnée par les bombardements américains, il ne restait à la fin des années 1990 que 15 % environ du bâti d’avant-guerre, et, au cours des quinze années de la fin du XXe siècle, Kyôto a perdu autant de maisons anciennes que durant les quarante ans qui se sont écoulés entre la Seconde Guerre mondiale et le milieu des années 1980. En 2004, il subsistait à Kyôto environ 28’000 machina, dont le nombre de destructions annuelles varie de 1000 à 1500, soit une moyenne de cinq maisons qui disparaissent chaque jour ouvrable de l’année. La complète transformation du centre historique résulte essentiellement de ce phénomène. Aujourd’hui, le paysage traditionnel des alignements de maisons de marchands dans le centre historique de la ville basse, Shimogyô, semble voué à une détérioration impitoyable et une inéluctable disparition. »

 

L’extension de Kyoto.

 

  

 

 

  

  

 

 

  

  

  

  

  

  

  


Le musée d’art moderne de Kyoto:

   

 

Et un bel accrochage de la collection d’un riche Taïwanais, sorte de Pinault asiatique.

 

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Kyoto, face A 

Comparée à Tokyo, Kyoto est une petite ville, un million et demi d’habitants environ. Elle a été capitale du Japon de 794 jusqu’au début de l’ère Meiji. Son plan en damier est inspiré des villes impériales chinoises comme Chang’an, actuelle Xi’an.

Yongning02a (Source: http://www.sde.nus.edu.sg/changan)

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Le réseau viaire de Kyoto du VIIe au XXIe siècles. Sur l’histoire de Kyoto, son développement spatial et social, vous pouvez vous référer au magnifique livre, Atlas historique de Kyoto, dont je tire le texte et les cartes suivants. « Le site de Kyôto, un bassin naturel protégé par une couronne de montagnes, a été le lieu d’une organisation originale de l’espace habité, dont ont résulté des structures et des systèmes architecturaux, urbains et paysagers, représentatifs des différentes phases de l’histoire humaine de la ville. A Kyôto, les relations organiques entre l’homme et la nature environnante ont élaboré, au fil des siècles, des ensembles urbains et des « paysages culturels » complexes, par lesquels se manifestent aujourd’hui encore des formes uniques d’interaction entre l’homme et son environnement naturel. À l’intérieur de ces ensembles, c’est aussi la morphologie des quartiers, des îlots d’édifices historiques ou de quelques architectures isolées qui témoigne d’évolutions historico-culturelles de l’« habiter » d’un type d’écosystème propre à cette zone géographique, et que l’on pourrait considérer à valeur universelle. Depuis les années 1980, toutefois, la trop forte concentration de la mégalopole et l’envolée de sa valeur foncière ont fait de Kyôto le théâtre d’une intense activité spéculative. Il s’en est suivi une accélération du processus de disparition des quartiers anciens, de remembrement du parcellaire traditionnel et de construction d’immeubles modernes semblables à ceux des autres grandes villes de l’archipel et dont les échelles standardisées cohabitent difficilement avec celles de l’architecture vernaculaire. Une importante modification d’un paysage urbain ancestral s’est amorcée au cours des vingt dernières années du XXe siècle, et Kyôto se trouve aujourd’hui, au début du XXIe siècle, à un tournant majeur de son histoire. Il y a une trentaine d années encore, l’architecture en bois sur pilotis formait l’essentiel du bâti du centre-ville, mais, au rythme des destructions actuelles de l’habitat ancien et de ses jardins, et compte tenu des critères de rentabilité qui régissent l’édification des nouveaux bâtiments, les grands ensembles paysagers traditionnels du site sont menacés de disparaître. »

Kyoto, vue depuis les jardins d’Okoshi Sanso.

Les maisons traditionnelles qui restent.

    

Les petits commerces: magasin de riz

Atelier de couture d’un autre temps, bien loin de l’époque glorieuse de Kyoto, centre textile produisant les kimonos impériaux.

L’accès au temple du Chion-in.

  

Le temple était fermé et prisonnier d’un immense bâtiment de protection pour sa restauration.

Je ne savais d’ailleurs pas qu’il y avait des VIP jusque dans le public des pèlerinages!

Le parc de Maruyama-koen, pris d’assaut à la floraison des cerisiers. Là, les guinguettes semblent avoir plié bagage sous la pluie.

Les temples de Kyoto sont plutôt situés en périphérie

  

   

 

Arashiyama.

Les deux faces de Shinjuku

Shinjuku est divisé en deux parties, avec la gare et ses voies ferrées comme axe séparateur. D’un côté, la mairie, les gros buildings, les grands hôtels, dont le Plaza, de l’autre côté les néons, l’agitation, les cinémas, les magasins d’électronique. Ni l’un ni l’autre ne me conviennent vraiment, mais c’est une expérience assez fascinante.

  

    

      

Dans la partie des gratte-ciel, là encore, les clochards sont présents. Et le contraste est encore plus frappant entre cette sorte d’Alphaville sans âme et une humanité singulière qui s’exprime au travers d’une gestion très organisée de la misère.

  

      

 

Je peux me tromper, mais je ne crois pas qu’il y a énormément de personnes en situation très précaire au Japon. Cependant, la société japonaise devient de plus en plus inégale comme toute société qui choisit la voie néolibérale.

Les bâches bleues que mentionnait Katia dans son commentaire protège les biens des sans-abris, mais sert effectivement au picnic des jeunes qui viennent jouir du début du printemps dans le parc. Je ne crois pas que c’est véritablement une concurrence. J’ai cependant été frappé par la manière de recréer un chez-soi pour ces marginalisés de la société, alors que pour beaucoup de jeunes le fait de se libérer de la famille est considéré comme nécessaire.

 

J’ai regardé la vue depuis le sommet de la mairie de Tokyo et j’ai vu ces bâches bleues comme des piscines privées vues par satellite sur Google Maps. Cela m’a donné envie de descendre les voir de plus près.

  

  

J’ai rencontré des jeunes passablement avinés, mais très enthousiastes et joyeux, et évidemment curieux par rapport à l’étranger que je suis. Un garçon trouvait que je faisais dandy, dandysm dans ce mauvais anglais qu’ils pratiquent. J’ai trouvé en librairie un livre sur the Japanese Dandy!

Ça me plaît assez.

 

 

 

 

 

Tokyo Metropolitan Government

Je suis à deux pas (de géant) de ce qu’on appelle de manière abusive la mairie de Tokyo. En fait ce bâtiment abrite une administration bien plus large de toute la région métropolitaine. Mis à part ça, je savais que ce bâtiment était impressionnant, mais je ne pensais pas à ce point. Il est évidemment impossible à photographier sans éviter cette perspective fuyant vers l’infini.

Le plan des ascenseurs est tout aussi impressionnant!

Au dernier étage, on trouve un café très agréable, d’où on peut admirer la vue sur tout Tokyo et par beau temps au loin le mont Fuji.



L’entrée ne se fait plus par la porte principale, mais par le soubassement inférieur. C’est de là que les touristes peuvent accéder au 45e étage.

J’ai été admirer la vue hier, et suis retourné aujourd’hui. Ce que les gens connaissent moins c’est que la cafétéria pour les employés du gouvernement se trouve au 32e étage. On y mange bien pour pas très cher et c’est une expérience étonnante de partager le quotidien des employés de l’administration métropolitaine. Je pense que j’étais le seul gaijin.

Je ne sais combien de personnes travaillent dans ce bâtiment, mais ce doit être un chiffre impressionnant que je n’ai pas trouvé sur Internet et pas trop eu le temps ou les moyens linguistiques de demander sur place.

Le restaurant est un modèle de gestion des foules; comment nourrir autant de personnes en si peu de temps. Le principe se retrouve  dans d’autres restaurants des centre-ville pour les salarymen (et women) qui n’ont que peu de temps pour manger. Regarder les plats dans la vitrine ou exposés à l’entrée du restaurant, choisir et relever le numéro puis se diriger vers la machine qui nous délivrera un ticket une fois que l’on aura sélectionné le numéro. Ensuite on se positionne dans la queue qui correspond au type de plat que l’on a choisi. Il y a une queue pour les ramen, une queue pour les plats japonais, pour les plats occidentaux, etc. Heureusement tout est plus ou moins indiqué en anglais. C’est un modèle du genre dans cette ville ou les traductions sont plutôt rares.

          

Vie nocturne

Pas de pluie hier. Le ciel reprenait ses forces pour nous déverser plein de petits parapluie aujourd’hui.

 

 

Deux nouveaux hôtels, deux nouveaux quartiers, Shinagawa et Shinjuku, deux gares du Shinkansen.

Quelques photos nocturnes.

Shinagawa. La vue depuis la chambre de l’hôtel # 4.

 

  

Dans le quartier.

 

 

 

  

  

 

Shinjuku, la plus grande gare du monde, 3 millions de voyageurs par jour. Ses sans abris et ses diseurs de bonne aventure.

  

 

 

  

          

 

Encore un renversement par rapport à l’Occident: on peut fumer à l’intérieur, mais pas à l’extérieur dans la rue, si ce n’est dans les zones fumeur prévues à cet effet.

 

 

  

 

Il y a quand même des limites.

  

Le pigeon voyageur

Toujours aucun hôtel la nuit de mon arrivée.
Les lieux touristiques à portée de Tokyo sont aussi pris d’assaut.
J’essaie alors Fukushima! Ca devrait être moins couru…
Et je tombe sur un onsen (bains thermaux) près des montagnes.

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C’est décidé, j’irai recharger mes batteries dans l’eau radioactive du Sansuiso Tsuchiyu Spa!
Reste à savoir si c’est accessible en transports en commun…
Je demande à l’hôtel, qui me répond avec clarté:

Request: Hello, I booked a room and I want to know how I can get to your hotel from Tokyo, by train (shinkansen). Is there a bus? How much is a taxi? Thank you. 
Response: The accommodation has told us that it is possible to arrange this. However, Sansuiso Tsuchiyu Spa is unable to guarantee it, and would like to specify that the request is subject to availability at the time of check in.

Je suis rassuré!
On verra plus tard.
Donc, du 4 au 6 avril, deux nuits.

Du 6 au 8, retour à Tokyo, Hotel Parkside à Ueno. L’extérieur est tellement moche qu’ils n’ont pas mis de photo!
Mais c’était disponible, et c’est à côté du joli parc d’Ueno.
Et puis le sol est bien ciré. Un rêve de Stéphane Lambiel ou de roulette de Samsonite.
Le mail de confirmation de la réservation atteint là encore le nirvana:

The charge is a change system that changes by the schedule
 of the stay on the season and a day of the week.

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Le 8 avril, départ pour Kyoto.
Point de vue disponibilité de logement, Kyoto, c’est pire que Tokyo. Ce qui n’est pas peu dire:
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Kyoto, ça évoque des ryokan et des cerisiers en fleurs, comme ça:

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En fait, ce sera plutôt ça (c’est le bunker du milieu):

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Soyons positifs! Le Urban Hotel Minami Kusatsu est à 20 minutes de train de Kyoto (autant dire que pour un Japonais, c’est la porte à côté), en face de la gare de Kusatsu, à côté d’un konbini Family Mart, et pas cher.
(Au Japon, un konbini (コンビニ), abréviation de l’anglais convenience store (コンビニエンスストア) est un commerce de proximité souvent ouvert 24h/24 et 7j/7. Wikipedia.)

Le 11 avril, retour à Tokyo et nouvel hôtel.
Pour une nuit, comme il n’y avait aucune chambre disponible au Washington du 11 au 12 (l’effet Saturday Night Fever?). En tout cas, il brille dans la nuit:

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J’ai une chambre dans l’annexe, c’est-à-dire le petit bâtiment où c’est écrit « Prince » (parce que l’hôtel s’appelle Shinagawa Prince Hotel).

caption

Et pour finir, après ces hôtels-bonbonnière, le gros morceau: le Shinjuku Washington Hotel.

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Celui-là, je le connais, parce que Florent Chavouet l’a dessiné:

Washington

Il est situé près de la mairie de Tokyo (très beau bâtiment de Kenzo Tange), en plein Shinjuku, à côté du mythique Park Hyatt du film de Sofia Coppola. Pas loin, le Keio Plaza où il y a les chambres Hello Kitty!

Plan_Shinjuku

Et après trois nuits de folie à Shinjuku, retour en Suisse le 15.